A la veille du lancement de la campagne des Insoumis JLM 2017, les réseaux sociaux s'agitent , les blogs s'animent, les discussions se crispent. Calmos! Prenons le temps de réfléchir, d'argumenter en s'écoutant. Non pas pour atteindre un consensus mou mais pour bien s'éclairer ensemble et renforcer notre efficacité. Que voulons-nous? En premier, adapter à la situation présente les éléments du programme l'humain d'abord qui est la matrice commune de 2012. Pouvons-nous y parvenir?

A l'évidence rien ne saurait être plus facile. Entre les propositions du parti communiste et celles des insoumis, peu de différents sauf à vouloir en créer d'artificiels, je pense au nucléaire sur lequel la proposition d'un référendum avait satisfait l'ensemble des parties engagées dans le front de gauche. Sur les questions de l'Europe, la sortie des traités signés depuis le référendum de 2005 semble obtenir l'aval des forces qui ont dit NON à l'époque. Sur les questions économiques, à moins de travestir les propositions des insoumis, nous nous retrouvons sur bien des points qui forment l'épine dorsale de notre programme ( fiscalité plus démocratique, réforme salariale, réappropriation sociale des groupes bancaires et financiers, étendue des droits pour les travailleurs, fin du dumping social, suppression de la loi sur les travailleurs détachés, aides aux petites entreprises compensées par l'apport financier des grandes, la planification écologique) et j'en passe pour gagner du temps. Sur les questions internationales, accord pour quitter l'OTAN, pour démocratiser l'ONU, pour développer des relations avec tous les pays sur la base de coopérations économiques, scientifiques, pour la recherche de la paix et du désengagement militaire.

Ce n'est donc pas le programme qui fait question mais la stratégie politique mise en oeuvre par les insoumis. Alors discutons la sans animosité, sans anathèmes, sans a-priori. Deux grandes options existent. Soit on mène un combat gauche/droite avec la certitude d'être confondu avec la politique menée par les libéraux du parti socialiste soit on s'en extirpe pour mener le combat peuple contre oligarchie. Certes m'objectera-t-on  que pendant des décennies le combat droite/gauche fut le marqueur pour conquérir du progrès humain. Indéniable. Mais ce marqueur suffit-il aujourd'hui? Comment qualifier, comment identifier la politique du gouvernement socialiste qui pratique tout le contraire d'une politique de gauche au nom de celle-ci?

Plus fondamentalement, les politiques menées par les gouvernements de droite, de gauche, de cohabitation ont abouti au dégoût d'une très large fraction de la société. Désorientés, abandonnés, humiliés, méprisés, par millions ils ont déserté les urnes laissant ainsi libre cours au libéralisme débridé, décomplexé, triomphant. Toutes ces personnes ayant voté tantôt à gauche, tantôt à droite, souvent s'abstenant, que pensent-elles? En général, elles ne croient plus  en rien et surtout pas à la politique (terme qui a été sali, ridiculisé, dévalorisé). Devons-nous poursuivre dans cette voie? La réponse nous explose à la figure!

La deuxième option me parait ouvrir une perspective nouvelle porteuse de sens et d'espérance. L'oligarchie, ce sont les 1% dont parle Pierre Laurent dans son bouquin. Les intérêts de cette couche parasitaire s'opposent aux intérêts du reste de la population. D'où les ferments d'union et de rassemblement populaires existant objectivement. Ce rassemblement ne prendra pas les chemins du Front populaire ou de la Résistance ni ceux des années 70/80. Autre époque, autre méthode, autre stratégie.

Si nous considérons, ce que je crois, que le système actuel va porter des coups plus rudes à la population, alors ne ménageons pas nos forces pour réunir les différentes catégories sociales victimes de ces politiques. Ce rassemblement ne peut se réaliser qu'à l'intérieur d'un mouvement autonome, multiforme, pluraliste. Dégagé de tout ce qui peut y faire obstacle, les religions, les philosophies, les partis, ce mouvement avancera en confrontation avec ceux qui lui assèneront les coups. Est-ce à dire que les partis et les religions doivent disparaitre. Au contraire, leur existence permettra le libre débat qui enrichira la société dans son ensemble.

Venons en au fait qui m'a décidé à écrire à nouveau.  Une pétition émane d'un appel"Front commun"et demande la formation d'un cadredu rassemblement.  Certes qu'il faille un cadre, normal. Le cadre, bien que j'en récuse l'idée même, des "insoumis" existe et permet à quiconque de s'y retrouver à l'aise dans ses baskets.

En effet, chacun y vient avec sa sensiblerie, ses doutes, ses certitudes, sa passion, son envie. Aucune carte d'appartenance n'est exigée, personne ne s'occupe du vote antérieur des insoumis, seul, l'accord en général sur les idées du programme et sur  la candidature qui le porte représente la base d'acceptation au groupe.  Je comprends et partage l'idée de ne pas aller à Canossa derrière un sauveur suprême! Mais avec la France Insoumise, rien de tout celà n'existe. On prend place avec ses idées, sa carte de parti si on en a une, on y intervient ou pas selon son humeur.

Pour ma part et je lance le débat, un cadre qui serait la reproduction du cartel d'organisations qui faisait le fond de commerce du front de gauche que j'ai défendu en son temps, me semble une réduction de ce que nous pouvons proposer au peuple français ( il vaut mieux que ça). On y retrouverait les mêmes ferments de division, les mêmes désaccords, le combat des chefs, bref tout ce qui est détestable dans cette configuration. Je préfère et de loin un rassemblement à égalité de droits et de devoirs pour chacun des participants préfigurant ainsi la république nouvelle que nous souhaitons construire.

Poursuivons la discussion.