Les jours passent et apportent leur lot de surprises. Echec de la négociation sur l'assurance chômage, publication des petites digressions du président Macron, marche des jeunes lycéens et étudiants pour le climat, nouvel appel des gilets jaunes pour le quinzième samedi consécutif, les convulsions de notre société marquent la vie sociale et politique. Tous ces faits éclairent l'ampleur du mécontentement à l'égard des dirigeants politiques et surtout la demande forte sociale, écologique et démocratique des peuples, notamment du peuple français.

Souvent nous sommes interpellés sur la fin du mouvement, sa désorganisation, son échec voire sa radicalisation et son isolement. Les évènements de ces jours-ci démentent ces affirmations.  Le mouvement loin de s'éteindre ou de s'essouffler s'ancre profondément dans le pays. pour de simples et bonnes raisons. Les inégalités sociales, le refus du partage des richesses, la violence sociale, les injustices dans le traitement des manifestants, les contradictions politiques apparaissent plus clairement. Le "grand débat", résultat de l'irruption des gilets fluorescents et initié par Macron, suscite des attentes tout en créant des illusions sur les  conclusions qui en seront tirées. La déception sera au rendez-vous et renforcera la colère.  De tout le pays monte une triple exigence: relèvement du pouvoir d'achat des retraites, des salaires et des minima sociaux, une fiscalité plus égalitaire frappant davantage les plus riches et le patronat, de nouveaux moyens démocratiques pour faciliter l'intervention des citoyens. Ces grandes revendications vont à l'inverse du cap fixé par Macron.

Radicalisation du mouvement? Ça dépend de quoi l'on parle. La violence est rejetée massivement par les gilets jaunes. Chacun comprend que les casseurs desservent l'action et empêchent le rassemblement le plus large en développant la peur de manifester, en écartant des catégories sociales du combat commun souhaitable. Par contre radicaliser notre action en agrégeant plus de participants aux actes que nous produisons dans nos villages et nos villes devient une nécessité largement ressentie  dans nos rangs.

Le rassemblement prend des tournures inattendues. Que lycéens et étudiants décident la grève tous les vendredis pour obliger le gouvernement à s'agiter pour défendre le climat, voilà une nouveauté qui va rapidement prendre des aspects politiques. Des dizaines de milliers de jeunes dans les rues, un risque pour Macron. Nous savons que la politisation de ces jeunes va s'accélérer. Les jeunes passeront rapidement du climat aux revendications lycéennes et étudiantes.

Il en va de même avec les syndicalistes qui semaine après semaine s'interrogent, voient leurs revendications portées par les gilets jaunes et commencent à décider de les rejoindre ou du moins appellent à manifester côte à côte. Ce mouvement va croissant vu les mesures prises par le pouvoir. La hausse des prix alimentaires, des prix du gaz et de l'électricité, des loyers alimentent le mécontentement. A leurs côtés, les chômeurs et précaires frappés par la baisse de leurs prestations sociales vont grossir le nombre d'activistes de la contestation. Je souhaite bien du plaisir à Macron pour juguler ce courant que l'on sent poindre dans le pays.

La confusion médiatique entretenue ne doit pas nous obstruer la vue. L'heure n'est pas au repli. Au contraire, l'horizon se dégage. Extension du mouvement, rassemblement inédit, actions diversifiées, avancées de nos idées sont au centre de la vie sociale et politique du pays. Les tenants du système libéral sont en difficultés. Leurs thèses sont remises en question, leurs certitudes renversées, leur confiance ébranlée. Mouvement protéiforme, les "analystes" ne le comprennent pas. Ils sont surpris par la durée,  par l'auto-organisation, par la politisation, par l'unité malgré les différences. Notre force dépend de tout cela à la fois. Poursuivons cette orientation. Maintenons le cap de nos revendications et le rassemblement se fera. La question du changement politique avance lentement mais sûrement dans les têtes. La dissolution de l'assemblée nationale et le retour devant le peuple devient une perspective crédible pour sortir de la crise nationale.